L'inimaginable, la barbarie à l'état pur vient de frapper des dessinateurs, caricaturistes, journalistes, policiers en plein Paris. Nous sommes le 07 Janvier 2015, la France abasourdie regarde les chaînes d'infos en continue, comme hypnotisée, sans savoir que l'horreur va continuer pendant 2 jours encore. Le lendemain matin, comme de nombreux français, je me précipite chez mon marchand de journaux, à 07h30. Une vingtaine de personnes se jette déjà sur tous les quotidiens qui sont encore sur le présentoir. Le patron n'a jamais vu une telle ruée. Je réussis tant bien que mal à ressortir avec LIBERATION, LE PARISIEN et LE MONDE sous le bras, tels des trésors de papier, aux Unes qu'on devine historiques. Un certain adage veut qu' à toutes choses malheur est bon, s'il se vérifie, c'est pourtant avec un goût amer que l'on constate, en ce sinistre jour, qu'ils ne sont pas morts pour rien. liberation_750_jpg_8376_north_600x_white

Le grand rassemblement du Dimanche suivant, la France de la République et de la liberté d'expression, va montrer au monde entier sa détermination à défendre, becs et ongles, les valeurs de notre démocratie. Plus de 4 millions de personnes, de tous âges, de toutes conditions, de toutes couleurs et confessions se sont levés, ont marché et rendu hommage dignement aux 17 victimes de de cette folie meurtrière.

Mais l'autre bonne surprise, née de ce mouvement populaire, fût le regain d'intérêt pour la presse papier, et particulièrement la presse, dite d'opinion. Non seulement, le CHARLIE HEBDO tant attendu a été réédité à 7 millions d'exemplaires, chiffre hallucinant jamais atteint dans l' Histoire de la presse française, mais tous les quotidiens et hebdomadaires ont eux aussi vu leur nombre de tirages exploser. Les français, sonnés par ces évènements, ressentaient le besoin de comprendre, d'analyser...de digérer ce qui leur pesaient si lourdement sur l'estomac.

N'en déplaise aux barbares, CHARLIE n'est pas mort, et toute la presse française libre, financièrement souvent fragile, a repris des couleurs. Bien-sûr, ne soyons pas naïfs, cet engouement risque de s'essouffler dans les semaines à venir. Néanmoins, je veux croire qu'il en restera quelque chose, qu'une partie de ce lectorat d'un jour aura repris goût à l'odeur du papier journal, à l'encre qui vous laisse quelques noirceurs sur les mains et au bruissement des pages que l'on tourne. J'ai vu de jeunes lecteurs, habitués aux journaux en lignes sur leurs smartphones, tablettes ou PC, acheter ce matin là des journaux.

Si la presse française a été, comme toujours, exemplaire en matière de liberté d'expression, ce ne fût malheureusement pas le cas d'une grande partie de la presse étrangère de grandes démocraties comme la Grande Bretagne et les Etats-unis. En effet, l'immense majorité des journaux de ces 2 grandes nations a bien rappelé son soutien à CHARLIE HEBDO, tout en refusant d'exhiber la Une du journal, de peur de choquer son lectorat. Le plus révoltant, et le plus ridicule caractérise ces journaux qui ont montré la Une de CHARLIE en floutant la caricature du prophète. Je reste pourtant persuadé que nombre de new-yorkais ou de londoniens auraient apprécié que les patrons de presse aient fait preuve d'un peu plus de courage, surtout à l'évocation de journalistes morts pour leurs idées.

On est en droit de se réjouir qu'au pays de Voltaire, de Montaigne, Zola et Hugo la liberté d'expression ne soit pas un vain mot. Mais il faut toujours rester vigilant, cette liberté, comme les autres est fragile, c'est pourquoi le pouvoir des mots représente, plus que jamais, la meilleure arme face à l'obscurantisme.

Alors, que vous soyez ou non un nouveau lecteur de la presse française, un seul mot d'ordre prévaut:  A vos kiosques, prêts, partez !1421059096-f5279cf9eaf3d57d1b4ee57d8ad9a4ce